vendredi 26 août 2005
Les cartes postales marchent pas mal, la case "je souhaite rencontrer ..." m'a permis de rencontrer Marie-Paule, ce mardi au Haut du Lièvre.
Elle a 58 ans, vit dans le quartier depuis deux ans. Elle m'a dit "je n'ai rien à vous demander, je voulais vous rencontrer parce que je veux que vous entendiez mon histoire, celle d'une Rmiste qui rêve de s'en sortir, mais qui n'y croit plus guère vu mon âge"
Elle m'a confié un texte dont je vous livre quelques extraits
"(...) J'ai été à l'ANPE qui m'a envoyé à la Mission Locale, qui m'a envoyé à une association d'insertion. Ils sont spécialisés on m'a dit (...).Ben alors, j'fais quoi moi ? Bon, on réfléchit ensemble et on se dit la formation ! puisque j'en ai déjà fait . Sauf qu'il faut le bac + 4, dans mon temps comme dit l'autre, j'avais pas besoin du bac pour bosser. (...)
Ré-insérer par rapport à quoi, par rapport à qui ? Ceux qui bossent, quand je vois leur tête le soir, j'ai pas envie de leur ressembler. Quand je les vois s'engueuler dans les rayons du supermarché, pour s'arracher des promos ou le dernier dvd sorti, moi j'ai pas envie (...).
Est ce que parce que je n'ai pas de travail, je ne suis plus une personne ? Moi je me sens toujours la même, ma tête elle a pas changé, mon porte monnaie s'est vidé, mais pas ma tête ... Ah si, excusez, je fais erreur ! Ben si, ma tête elle s'est vidée. Ben oui, là aussi j'ai fait de la place ... comme avec les bibliothèques vous savez !
Là aussi je me suis séparée des idées qui ne me convenaient plus, comme par exemple :
- s'habiller chez telle ou telle marque c'est se reconnaître entre nous (oui mais les pauvres mettent nos vêtements alors ?)
- aller à la messe le dimanche, pour montrer qu'on est quelqu'un de bien ...
- donner quelques heures de son temps pour avoir la conscience tranquille quand je croise un mendiant dans la rue, ou que je licencie mes ouvriers ...
- pour être reconnu dans la société il faut occuper des postes importants, donc bosser plus que les autres, laisser sa famille et ses enfants se débrouiller seuls (...).
Oui, j'ai laissé tout ça sortir de ma tête (...)"
J'aimerais que tous ceux qui considèrent chaque Rmiste comme un fainéant qui refuse de chercher du travail et qui vit sur le dos de la société la rencontrent ou à défaut, la lisent. Je tiens le texte intégral à disposition.
Quelques jours plus tard, je discute au parc Charles III avec un homme qui a perdu son emploi et qui bénéficie du RMI depuis sept mois. Il cherche frénétiquement du travail depuis. Il ment sur son adresse lorsqu'il répond à une annonce, car le fait d'habiter au Haut du Lièvre le disqualifie automatiquement.
Pourquoi ne commence-t-on pas par supprimer le 54100 qui marque les adresses du Haut du Lièvre au fer rouge ?
